02.03.2012

Un été

C’était un samedi souvent qu’elle arrivait. Avec sa famille, mon oncle, sa femme, et le reste de mes cousines. J’allais les saluer dès le soir de leur arrivée, la politesse avait du bon, inutile de chercher un prétexte pour la voir. Un peu de bavardage avec les parents, et je l’entrainais dans sa chambre pour parler de cette année écoulée.

Je ne dis pas que j’avais passé ces mois à l’attendre, mais presque. Disons que j’avais découvert l’année d'avant les vertus de l’effleurage, les presque caresses, et la tension entre nous qui ne nous trompaient ni l’un ni l’autre.

Je ne l’attendais pas vraiment, à 18 ans je n’avais rien d’un romantique et je profitais de toutes les occasions sexuelles que m’offraient le lycée, puis la fac. Mais il y avait un truc avec elle, ce truc dans ses yeux quand elle se mettait en maillot de bain devant moi, le ton de sa voix quand elle me demandait de l’aide à tout propos. Un truc en rapport avec l’été, la plage, le soleil et une certaine indolence. Et puis on ne couche pas avec sa cousine. Il parait.

Nous avons passé ce premier jour à la plage, comme prévu, à nager, dormir au soleil, très proches, avec toujours cette tension entre nous. Je savais que je ne me faisais pas d’idées. J’ignorais ce qui pouvait trotter dans la cervelle d’une fille de 16 ans. Moi je n’avais qu’une idée en tête, coucher avec elle.

Le soir, après le diner, les conversations, tout le monde est allé dormir, léger comme un premier jour de vacances.

J’ai attendu minuit, puis une heure, deux heure, et je suis allée la rejoindre dans sa chambre.

Je ne sais pas ce qui m’a pris. Elle était allongée dans son lit, endormie, je me suis allongée près d’elle. J’ai senti son parfum, dans son cou frêle, une odeur mêlée de savon et de monoï, un peu écœurante mais pas désagréable (toutes les filles mettent trop de monoï l’été, non ?)

De plus en plus excité, je lui caressais les cheveux, le dos, sans qu’elle se réveille. J’avais cette douleur atroce, ma queue trop dure cherchait presque à sortir de mon caleçon. Toute la journée je l’avais regardé se baigner, courir, sauter dans l’eau, revenir vers moi… Et toute la journée j’avais eu envie d’elle.

Là, dans le lit, j’ai commencé à me frotter contre elle, à caresser son ventre, si doux. Elle remuait un peu dans son sommeil, et ma queue me faisait de plus en plus mal. Je n’en revenais pas qu’elle reste endormie, malgré mes caresses de plus en plus insistantes, et moi qui n’en pouvais plus. Je l’ai embrassée, son front, ses joues, puis sa bouche. Un baiser affamé, qu’elle me rendit aussitôt, entrouvrant à peine les yeux. Dans un demi-sommeil, elle se dégagea un peu des draps, pour me laisser me faufiler vers elle. Je la vis se mettre sur le dos, m’attirer pour de bon sur elle, me laissant la pénétrer d’un coup. J’étais à la fois soulagé et surpris, surtout de sentir ses ongles s’enfoncer dans mon dos, et sa voix dans mon oreille m’encourager.  Nous avons passé le reste de la nuit l’un contre l’autre, mais au petit déjeuner, nous nous sommes soigneusement évités. Le reste de l’été s’est passé comme dans un rêve. Les journées à la plage, la nuit dans le même lit. Je crois que personne n’a jamais rien deviné, on aurait eu les pires ennuis du monde. Le jour, on ne parlait jamais de nos nuits, pas la moindre allusion, même seul à seul, à croire que nous n’étions pas les mêmes personnes. Chaque soir était le début d’un petit miracle, purement sexuel : on aurait dit deux étrangers qui se rendaient service en couchant ensemble. C’était purement charnel, érotique, sans l’ombre d’un sentiment autre que la sorte de fraternité qui existe entre deux cousins. C’est ce qui rendait tout cela irréel. Ma seule angoisse était que le soir suivant elle ne veuille plus de cet étrange « nous ». Mais cela a continué. A la fin de l’été, elle est repartie, comme tout les ans, sans sanglots, ni lamentations. Jamais nous n’avions formulé au grand jour la nature de notre secret nocturne.

L’année d’après, elle avait un petit ami, et elle était amoureuse.

J’ai passé les vacances  les plus mornes de ma vie.

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23:22 Écrit par Océane | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | |  Facebook |

02.02.2012

Storgê


En descendant  à la gare de ce petit village, je ne savais plus ce que j’étais venu chercher.  Rien ne ressemblait plus à mon souvenir, et c’est un peu tard que je regardais le train s’éloigner inexorablement vers sa prochaine destination.
Livrée à l’inconnu, je décidais de ne plus chercher à savoir si tout cela était une erreur ou pas.
D’un pas tout de même léger, je me suis dirigée vers la sortie. Pas de taxi. Voilà une chose qui n’avait pas changée. Heureusement, le cimetière n’était pas loin de la gare.  
Comme souvent, je en m’étais pas intéressée à la météo, et c’est chaussée d’escarpins totalement inadaptés au temps, que j’entamais le parcours. Les flocons de neige tombaient joyeusement sur ma tête, ce qui me ravissait, mais cela occasionnait au sol une boue désagréable sur ce chemin de terre.
Un peu désorientée, j’ai failli manquer l’entrée du cimetière.  L’endroit était presque charmant, de ce charme suranné des cimetières de village… J’ai écouté le chant des mésanges, qui semblait appeler leurs petits, à rentrer avant que la neige ne les en empêche.
Ma mère m’avait noté sur un papier le moyen de retrouver la tombe, la repérer dans ce labyrinthe ne serait pas pour autant facile.
Enfin, je la trouvais. La tombe de ma grand-mère, morte douze ans auparavant.  
Je me suis assise devant, sur une petite couverture que j’avais amené ave moi. Difficile de ne pas pleurer. Pourtant, curieusement, je n’avais pas de peine. La lutte était terminée depuis longtemps. Mais je sentais monter cette douleur familière au thorax. La même douleur sèche et froide depuis douze ans. J’avais mal, souvent, sans que des larmes sortent. Le déni prend des formes curieuses parfois, et la pensée magique était ma meilleure amie : j’avais décidé qu’elle n’était pas morte, puisque c’était arrivé loin de moi. Et ne jamais voir cette tombe me confortait dans mon déni.
Mais cette douleur ne me quittait pas, envahissait tout, voilant les souvenirs d’une gris amer et lourd.
Douze ans après, il était temps d’accoster d’autres rivages et d’offrir une tombe aux souvenirs.
J’ai regardé le nom gravé sur la pierre, et je me suis rappelée la personne qu’elle était, la tendresse de son regard. Plus jamais je n’aurais sa compagnie, sa présence chaleureuse qui rendait merveilleuses mes vacances d’enfant. Pourtant, nulle tristesse : je revivais ces journées avec elle, dans son petit pavillon, son jardin aussi désordonné qu’enchanteur. La scolopendre grimpait le long des murs, faisant presque de l’ombre aux pieds de tomates et aux buissons fleuris. Je me rappelle de sa maison comme de mon second foyer, et j’y passais de belles heures, à l’étude d’un livre ou à écouter chanter la pluie sur le toit…
Voilà ce que je vais garder, l’amour d’une grand-mère, son affection et son souvennir.

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Ma participation au jeu d'écriture d' Olivia

Mots à placer : Erreur – tendresse – train – thorax – scolopendre – lutte – inconnu – inexorablement – boue – pavillon – compagnie – foyer – neige – étude – mésange – flocon – accoster – désorienté – parcours – tomate – chanter – gare – livre.


27.01.2012

Eros

Antoine entre dans la chambre. Après avoir donné un billet au garçon d’étage, il avise le décor. Une belle chambre, aux tons beiges, très doux.
Fatigué, il se laisse tomber sur le fauteuil le plus près. Au bout de quelques instants, il se lève, va chercher des documents dans sa serviette, les étudie, l’air presque concentré, avant de tout abandonner sur le lit. Il sait déjà que l’insomnie le guette, et il n’a aucun désir de passer une nuit de plus à fixer le plafond d’une chambre d’hôtel aussi impersonnelle que luxueuse. Pris dans le tourbillon de ses pensées, il lui vient l’idée qu’un peu de compagnie serait la solution, au moins pour cette nuit.
Il récupère son téléphone, appelle le numéro que lui avait recommandé un de ses amis, et tombe sur une voix charmante. Une sorte de Madame Claude des temps moderne.  Il se sent presque gêné, de devoir indiquer ses gouts et préférences, de devoir écouter les précisions sur la tarification,  mais finalement les mots sortent de sa bouche, et on lui promet de la compagnie dans l’heure.
Après avoir raccroché, il se fait un peu l’effet d’un commercial en tournée, attendant de trousser une collègue de séminaire… Pire, il se demande s’il a bien fait, si cette dame au ton doucereux ne va pas lui envoyer une vamp aux cheveux décolorés, une femme au regard fatigué par trop de clients désagréables. Il est trop tard pour annuler, en désespoir de cause, il retourne sur le fauteuil attendre la jeune femme.
Moins de vingt minutes plus tard, un discret toc toc annonce son arrivée. Pris de panique Antoine décide d’inventer un mensonge pour renvoyer la personne, lui expliquer que c’est une erreur, un malentendu…Quel malentendu ? Je suis un idiot se dit-il, un sombre idiot. Il se résout à ouvrir la porte.
Devant lui se tient une jeune femme, la trentaine, brune, comme il l’avait exigé sans plus de précisions. L’éclairage  de la chambre est très faible, presque tamisée, comme pour un rendez-vous amoureux. La lumière de la pleine lune rajoute une touche presque irréelle à la scène, et la silhouette de la jeune femme se découpe sur le mur, comme un hologramme mystérieux.
Un « bonjour » sort en chœur de leurs bouches, ce qui fait rire la jeune femme, d’un rire emprunt de douceur. Antoine se sent presque niais quand il l’invite à entrer dans la chambre.
Elle se présente, Sophia, sur un ton un peu facétieux.  Antoine la regarde, se demande ce qu’il faut faire, se déshabiller ? Lui parler avant ? Finalement, il rit: à l’évidence il se sent trop gauche, et elle le voit, partage son rire (Antoine est heureux, il entend encore ce rire, si clair, si gai, il se demande si elle voit sa gêne, si elle se moque, mais Antoine s’en fiche, elle rit, il n’y a plus que cela qui compte, son rire, et il est heureux, du moins il se dit que ça y ressemble, il va bien, dès qu’il entend ce rire, Seigneur faites qu’elle ne s’arrête pas, c’est n’importe quoi, je commande une putain, parce que c’est ce qu’elle est, une putain et je pense au bonheur, le bonheur d’une heure avec une putain à mille euros la nuit, Antoine tu es fou)
Les joues en feu, il finit par se ressaisir et gagne un peu de temps en faisant appel au service d’étage pour le diner, et surtout pour un peu d’alcool, sous la forme d’une bouteille de champagne, (il se demande quand même, quel sorte de champagne pour elle, je lui demande, je décide pour elle, c’est mon invitée, non je suis le client, je décide, mais son rire, du champagne rosé brut pour son rire et des fleurs aussi, je suis le client je décide de lui offrir des fleurs, un bouquet pour entendre son rire encore, Antoine tu es fou)
Pendant ce temps là, la dénommée Sophia s’est approché des toiles accrochées au mur, les admire, pousse des ah de contentement, caresse la patine d’un guéridon, réclame du thé, s’il vous plait du thé, non pas de citron, pas de lait, pas de sucre, du thé, une tasse, regardez ces jolies couleurs quel artiste a donc peint cela, et elle bavarde, elle égrène les mots toujours dans un demi rire, on la dirait presque en visite amicale chez une vieille connaissance.
Le garçon d’étage est revenu, trainant avec lui un chariot chargé de victuailles, et la dénommée Sophia tape dans ses mains, mon Dieu j’ai si faim, mangeons vite, et elle rit et avec elle le garçon d’étage qui voudrait bien, mais il n’esquissera qu’un sourire (Antoine est certain qu’il a deviné, le client de la suite 302 s’est payé une putain pour la nuit, il le racontera, moqueur à ses collègues, demain Antoine le fou heureux sera le client de la suite 302 qui s’est payé une putain pour la nuit, mais peu importe)
Ils s’installent l’un en face de l’autre, elle est jolie, belle, il ne sait pas, elle a quelque chose qui le touche, pas d’artifice sur ce visage. Ils mangent, comme deux amis affamés, et la dénommée Sophia, putain de son état, fait preuve d’un appétit qui augure bien de la suite (tout de suite Antoine s’en veut de cette pensée presque vulgaire, évoquer l’appétit sexuel de la jeune femme lui semble une offense, pourtant il faudra bien y venir ) Elle savoure avec un plaisir assez innocent le repas, et telle une gamine elle trempe un doigt dans la coupe de mousse au chocolat, avant de dire  « le dessert, pour plus tard ? »
Antoine se dirige vers le lit, s’y assoit presque anxieux (la fatigue de ses nuits blanches depuis des semaines, et puis la fatigue de continuer, la fatigue, je ne suis que fatigue se dit Antoine) la dénommée Sophia se tient devant lui et lui dit posément, « Sophia, c’est mon vrai prénom et ce n’est pas la première fois que je fais ça, ça ne t’ennuie pas ? » Non, ça n’ennuie pas Antoine, qui la prend par la taille, se réfugie contre elle, contre son ventre chaud, enserrant sa taille, enfin. Il ne dit rien, pas encore. Il respire son odeur, défait sa jupe, puis finit par lui dire « je m’appelle Antoine, et c’est la première fois que je fais ça ». Elle se met à rire, de ce rire qui vrille le cœur d’Antoine, comme si elle ne lui rappelait que toutes ces femmes idéalisées de son imagination, et non pas l’autre (ne pas dire son nom, ne pas se rappeler son visage, oublier son cœur refroidi comme la pierre, ne plus penser à  l’autre, Antoine est fou mais non pas stupide, ne plus l’évoquer.) Elle, Sophia, la putain au rire heureux, lui tend une jambe, il caresse le bas, soyeux, le fait rouler doucement, s’arrête sur la cheville, fine, une cheville si fine et fragile qu’il croit sentir l’ astragale sous ses doigts, il en fait le tour, avec son doigt, doucement, comme s’il craignait de la briser, la cheville de sa putain. Ils s’allongent tout les deux sur le lit, il rentre en elle comme dans un refuge, un refuge tarifé, où se sont échoués d’autres hommes avant lui, Antoine sait cela, mais il sait aussi que la peau qu’il touche est faite pour lui, que l’odeur de son cou lui est devenu indispensable, et qu’il ne pourra plus se passer de sa bouche sur la sienne. Antoine devient moins fou, de minutes en minutes (ou est-ce l’inverse, il ne sait plus, il n’y a plus que sa peau, son odeur, ses seins, ses cuisses qu’il écarte, et sa voix, il veut entendre sa voix, son rire, sa joie quand il finit dans un râle par s’écrouler sur elle, tout deux épuisés et repus l’un de l’autre)
Antoine passe la nuit, éveillé (on ne congédie pas comme ça une insomnie) à la regarder dormir, curieusement reposé et heureux, il se dit qu’il verra bien demain ce qu’il fera, ce qu’elle voudra. Car c’est si simple, il lui dira que c’est simple, et il pourra continuer à être heureux avec elle.
Le matin arrive, et avec lui le sourire de cette femme au réveil dans son lit. Il n’a pas peur de lui dire (c’est vrai que c’est simple d’être heureux, c’est une folie, ça le dévore, mais c’est si simple de se laisser dévorer, alors Antoine se laisse gentiment dévorer par cette folie) Elle lui sourit, la lune n’est plus là, mais il reste un astre dans sa chambre, cette femme qui sourit et qui réclame le petit déjeuner, des toasts, de la marmelade d’orange, et puis des choux aussi et  un demi-pamplemousse et un thé, oui un thé, pas de citron pas de lait pas de sucre, un thé dans ces joies tasse qui la font battre des mains tant elles sont belles.
Il lui prend la main, et il sent la fraicheur rassurante de sa paume contre la sienne. Les jardins de l’hôtel sont parfaits sous cette lumière matinale. La pelouse lui donne des envies de pique-nique romantique avec Sophia, et il se promet en lui-même que rien ne l’empêchera d’être cet homme qui emmène sa femme en pique-nique (sa femme, la femme tarifée de dizaines d’hommes avant lui, la femme qui l’a trouvé lui, au carrefour de sa vie, avant qu’il ne décide de tout balancer par-dessus bord, oui, cette femme là Antoine, c’est ta femme, c’est ta femme, c’est ma femme, se répétait-il comme un perroquet, le plus heureux des perroquets, ma femme irremplaçable, dorénavant l’abside de mes jours )
Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous, c’est cela qu’on dit ?

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Ceci est ma participation au jeu d'écriture de Olivia. Les mots à placer :

pamplemousse – bonheur – insomnie – feu – artifice – mensonge – niais – pelouse – tarification – irremplaçable – vamp – tourbillon – pierre – choux – abside – mousse – chœur – douceur – désir – marmelade – trousser – perroquet carrefour – bouquet – bas – lumière – désespoir – astragale – hologramme


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